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Lucile Pothier : « Il faut savoir accepter de ne pas pouvoir tout faire »

Product Marketing Data Manager la semaine, internationale française le week-end : en quatre ans, Lucile Pothier a connu Roland-Garros et deux podiums européens sans jamais quitter son bureau.

Depuis ses débuts dans le padel en 2021, Lucile Pothier mène une double vie. D'un côté, son poste de Product Marketing Data Manager chez Julbo et sa vie personnelle. De l'autre, le padel de haut niveau, les entraînements, les compétitions et l'équipe de France.

Team Julbo

Un équilibre qui demande forcément des choix. Après quatre années passées aux États-Unis pour le tennis, Lucile n'a jamais souhaité mettre de côté son avenir professionnel pour se consacrer exclusivement au padel. Une décision qu'elle assume, même si elle reconnaît qu'il n'est pas toujours évident de voir son sport évoluer et se professionnaliser aussi rapidement.

Une double vie qui impose des choix

Aujourd'hui, elle continue de s'entraîner plusieurs fois à Esprit Padel et cherche à maintenir son niveau, notamment en participant à des P500 hommes autour de chez elle. Elle est néanmoins beaucoup moins présente en compétition qu'à certaines périodes.

Après quatre années à jongler entre le travail, les entraînements, les tournois et sa vie personnelle, elle a ressenti le besoin de prendre un peu de recul. Une manière d'éviter la surcharge, mais surtout de continuer à prendre du plaisir sur le terrain.

Il faut savoir accepter de ne pas pouvoir tout faire, ni être partout, ce qui n'est pas facile tous les jours quand on est une compétitrice !

Alors que le padel évolue très vite et se professionnalise, une question lui traverse forcément parfois l'esprit : jusqu'où aurait-elle pu aller en s'y consacrant totalement ?

Mais cette double vie lui apporte aussi un équilibre. Elle essaie de profiter pleinement de chaque expérience sans comparer son parcours à celui des autres. Quand on passe près de huit heures par jour derrière un bureau, il faut forcément adapter son organisation, ses entraînements et ses objectifs.

Son travail lui permet de concilier au mieux ses projets professionnel et sportif. Mais ses congés étant principalement consacrés au padel et aux compétitions, cela implique aussi de faire des choix.

J'avance à mon rythme, en essayant de tirer le meilleur du temps dont je dispose.

Du Philippe-Chatrier au bureau dès le lendemain

Ce quotidien donne parfois naissance à des situations presque irréelles. L'un des exemples les plus marquants reste le Major disputé en wild-card aux côtés de Louise Bahurel sur le court Philippe-Chatrier.

Louise Bahurel

Un jour, Lucile joue un Major dans un cadre exceptionnel, sur un court mythique qui représente forcément quelque chose pour une ancienne joueuse de tennis. Dès le lendemain, elle retrouve son bureau et passe sa journée en réunion.

C'était assez irréel !

Le contraste émotionnel est forcément intense. Elle passe d'un moment hors du temps, chargé d'adrénaline et d'émotions, à son quotidien professionnel, sans réellement avoir le temps de réaliser ni de savourer ce qu'elle vient de vivre.

Cela peut aussi générer une certaine frustration : les émotions très fortes procurées par le padel retombent presque immédiatement. D'autant qu'elle travaille dans un environnement tourné vers l'outdoor, où les sports de raquettes, et encore davantage le padel, occupent une place assez réduite.

Mais ce décalage contribue aussi à rendre ces expériences rares, précieuses et inoubliables.

Une ascension express jusqu'à l'équipe de France

Avant le padel, il y avait surtout le tennis. Après une vie largement consacrée à ce sport et quatre années aux États-Unis, la Savoisienne découvre dans le padel une nouvelle manière de se fixer des objectifs sportifs.

Et tout va très vite !

Après seulement six mois à s'investir pleinement, elle intègre l'équipe de France. Pour sa première participation à un tournoi international, elle remporte un titre.

Mais lorsqu'elle évoque ce titre, Lucile tient immédiatement à rappeler quelque chose d'essentiel : elle n'oublie pas ses partenaires, car au padel, on ne gagne pas un match tout seul. Une précision qui compte pour elle et qui reflète aussi sa manière de concevoir ce sport collectif.

La suite lui offre de nombreuses expériences : des victoires en P2000, une finale aux Championnats de France, le WPT de Toulouse, le Premier Padel de Roland-Garros ou encore le FIP Platinum de Lyon.

Jessica Ginier

À cela s'ajoutent deux sélections dans un contexte olympique, aux Jeux européens et aux Jeux méditerranéens, mais surtout deux podiums avec l'équipe de France aux Championnats d'Europe : une troisième place, puis une deuxième.

Et tout cela en continuant à travailler à temps plein.

Avoir vécu tout cela en travaillant à temps plein à côté, c'est juste dingue.

Forcément, avec le développement extrêmement rapide du padel, la question de ce qu'aurait pu être son parcours en se consacrant entièrement à ce sport existe.

Si le padel intègre un jour le programme des Jeux olympiques, Lucile reconnaît qu'elle aura peut-être le regret de ne pas avoir eu la possibilité d'y participer. Mais elle mesure aussi la chance d'avoir déjà vécu autant d'expériences alors que le sport était encore en plein développement.

Rester simple au milieu de la compétition

Malgré les résultats, les grands tournois et les sélections en équipe de France, Lucile tient particulièrement à rester fidèle à elle-même.

Être simple et naturelle, ce n'est pas une stratégie : c'est simplement ma façon de fonctionner.

Dans un univers compétitif, l'ego et la pression peuvent parfois prendre beaucoup de place et compliquer des situations qui pourraient rester très simples. Mais elle préfère ne pas dépenser son temps et son énergie dans ce genre de choses.

Son choix est de se concentrer sur le terrain, de rester elle-même et de profiter pleinement de ce que le padel lui apporte.

Pour elle, être très compétitive n'empêche pas de conserver sa simplicité et son humilité.

On est un petit sport, il ne faut pas l'oublier !

Le maillot bleu toujours dans un coin de la tête

Parmi toutes les expériences vécues depuis ses débuts dans le padel, l'équipe de France occupe une place particulière.

Lucile parle de fierté, d'émotions très fortes et du sentiment de représenter quelque chose qui dépasse son propre parcours.

Avec le développement du padel, elle estime également que le statut d'international français prendra encore davantage de valeur dans les prochaines années. Porter le maillot bleu est une chance, mais aussi une responsabilité.

Faire partie de la sélection pour les Championnats du monde à Doha représenterait donc beaucoup pour elle.

Même si elle a beaucoup moins joué cette année, Lucile a continué à s'entraîner sérieusement, avec probablement cet objectif quelque part dans un coin de sa tête. Elle participe notamment à des tournois hommes près de chez elle afin de retrouver et de conserver l'esprit de compétition.

Elle souhaitait reprendre les tournois FIP en juin, mais la perte d'une personne proche est venue bouleverser ses plans. À ce moment-là, elle n'avait tout simplement plus vraiment la tête à la compétition.

Elle a néanmoins réalisé un bon stage avec l'équipe de France. L'annonce de la sélection approchant, il reste désormais à connaître les choix du nouveau sélectionneur.

Équipe de France

Travail, plaisir et humilité

À travers son expérience, Lucile tient enfin à transmettre un message à la nouvelle génération.

Ses années aux États-Unis lui ont notamment appris à développer le goût du travail, de l'effort et de l'investissement. Pour elle, il faut travailler sérieusement, beaucoup, et s'impliquer pleinement dans chaque entraînement comme dans chaque match.

Un investissement qui finit toujours par porter ses fruits.

Mais l'ambition ne doit jamais faire oublier certaines valeurs essentielles. Il faut continuer à prendre du plaisir, rester humble et ne pas oublier toutes les personnes qui accompagnent un joueur ou une joueuse dans son parcours.

Cette importance accordée au collectif revient d'ailleurs régulièrement dans ses mots. Comme elle le rappelle lorsqu'elle parle de ses victoires, on ne gagne pas un match tout seul. Derrière les résultats, il y a une partenaire sur la piste, mais aussi une équipe, une famille et des proches qui permettent d'avancer.

Un état d'esprit qui résume finalement assez bien le parcours de Lucile Pothier : celui d'une compétitrice qui a connu les grands rendez-vous du padel français et international, tout en faisant le choix de construire sa vie professionnelle en parallèle et d'avancer à son propre rythme.

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